Est-ce encore une qualité d’être intelligent dans ce monde ?

Il y a des jours où l’on se pose la question. Quand une réponse péremptoire emporte l’adhésion tandis qu’une réflexion nuancée provoque un soupir. Quand on vous demande votre avis, puis que l’on vous reproche de « compliquer les choses ». Quand vous voyez plusieurs conséquences possibles là où l’on voudrait simplement que vous disiez […]

Corinne Blanc Faugère

Le 10/10/2026

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Il y a des jours où l’on se pose la question.

Quand une réponse péremptoire emporte l’adhésion tandis qu’une réflexion nuancée provoque un soupir.
Quand on vous demande votre avis, puis que l’on vous reproche de « compliquer les choses ».
Quand vous voyez plusieurs conséquences possibles là où l’on voudrait simplement que vous disiez oui…

Vous finissez par vous demander : faut-il moins réfléchir pour être mieux accepté ?

Pour certaines personnes “Multipotentiel“, cette question touche un endroit sensible. Celui où le plaisir de comprendre rencontre la fatigue de devoir expliquer comment on pense. Celui où l’on commence à surveiller ses questions, à raccourcir ses raisonnements, parfois à cacher ses centres d’intérêt.

Vous connaissez cette situation, vous aussi ?

Mais avant d’accuser le monde de ne plus aimer l’intelligence, encore faut-il regarder ce que nous mettons derrière ce mot.

Intelligent… Mais de quelle intelligence parlons-nous ?

Savoir beaucoup de choses, comprendre rapidement, relier des domaines éloignés, écouter finement, résoudre un problème concret : ces capacités ne se confondent pas.

La multipotentialité, elle, ne constitue pas un brevet d’intelligence supérieure.
Avoir plusieurs intérêts ou aptitudes ne signifie ni tout comprendre mieux que les autres, ni avoir raison plus souvent.

On peut penser vite et conclure trop tôt…. Déceler une contradiction et se tromper sur son origine… Construire un raisonnement brillant à partir d’une hypothèse fausse.

L’intelligence ne nous dispense pas de vérifier. Elle devrait même nous y inviter ardemment.

Cette distinction compte.
Parce que si nous faisons de notre intelligence une identité à défendre, chaque désaccord risque de devenir une blessure :
– « Il ne comprend pas » remplace alors trop facilement « Peut-être voit-il quelque chose qui m’échappe ».

Ce qui dérange peut être ce que l’intelligence met en mouvement ?!

Imaginons une réunion, où une décision semble faire consensus. Vous soulevez une incohérence, établissez un lien avec une autre situation, demandez ce que l’on fera si l’hypothèse de départ ne se vérifie pas.
Votre intervention peut être utile. Elle peut aussi obliger le groupe à ralentir, une personne à revoir son projet, un responsable à reconnaître une incertitude.

À cet instant, la discussion porte autant sur les places et les relations que sur le raisonnement.

Il serait tentant d’en conclure :
– « Ma lucidité dérange ! »
Parfois, c’est effectivement ce qui se joue, mais d’autres explications restent possibles : le moment est peut-être mal choisi ; votre propos manque de clarté ; une contrainte vous échappe ou votre interlocuteur a déjà examiné cette piste.

Le niveau de profondeur commence ici : pouvoir reconnaître une résistance sans transformer toute résistance en preuve de sa propre intelligence.

La nuance a un coût… La simplification aussi !

Une réponse simple rassure, elle permet de choisir, d’avancer, de se mettre d’accord.
Une réponse nuancée demande davantage d’attention. Elle introduit des conditions, distingue les situations, laisse parfois une question ouverte. Elle peut donner l’impression que celui qui la formule hésite, alors qu’il cherche à être précis.

Faut-il pour autant défendre la complexité à tout prix ?

Non, je ne le crois pas !
Une pensée peut devenir si détaillée qu’elle ne permet plus à personne d’agir. Et il arrive que nous ajoutions des précautions pour éviter de prendre position.

La nuance devient utile lorsqu’elle éclaire une décision. Elle peut devenir un refuge lorsqu’elle nous évite de choisir.

C’est un paradoxe auquel une personne aux intérêts multiples peut être confrontée : voir de nombreuses possibilités enrichit le choix, mais ne choisit pas à notre place. Il faut parfois accepter de décider avec une compréhension incomplète, puis rester capable de corriger.

Relier les idées ne suffit pas : il faut rendre le chemin visible

Dans votre tête, le lien entre deux sujets est évident. Pour la personne qui vous écoute, il manque peut-être quelques étapes.

Vous partez d’une difficulté relationnelle ; passez par une question d’organisation ; évoquez un rapport au pouvoir et revenez à la formulation d’un message…. Vous avez suivi un fil. Votre interlocuteur a eu l’impression de changer quatre fois de conversation.

Ce décalage ne prouve l’infériorité ou la supériorité de personne.

Il pose une question de transmission : comment permettre à l’autre de vous suivre sans lui imposer tout le parcours de votre pensée ? Vous pouvez annoncer votre point d’arrivée, expliquer le lien essentiel, puis ouvrir les développements si nécessaire.

Simplifier sa communication, demande parfois beaucoup de travail. Choisir un exemple juste, trouver les mots accessibles, renoncer à une digression passionnante : tout cela mobilise aussi une forme d’intelligence.

Vous n’avez pas besoin de tout dire pour dire quelque chose de juste.

Comprendre beaucoup ne donne pas tous les droits !

Il reste une question inconfortable : que faisons-nous de ce que nous comprenons ?

Percevoir une hésitation, repérer une faille dans un argument, anticiper une réaction peut servir à mieux dialoguer. Cela peut aussi servir à prendre l’ascendant.

Avoir les mots pour déstabiliser quelqu’un ne rend pas cette déstabilisation légitime. Deviner une fragilité ne nous autorise pas à l’exposer. Pouvoir convaincre ne signifie pas que tous les moyens se valent.

C’est là que l’éthique rejoint l’intelligence : dans la façon dont nous utilisons nos capacités, particulièrement lorsque l’autre ne dispose pas des mêmes ressources à cet instant.

Et comprendre les raisons d’un comportement ne nous oblige pas davantage à le subir. On peut saisir ce qui pousse une personne à agir et poser une limite à ce qu’elle nous fait vivre.

L’intelligence relationnelle doit aussi laisser une place à notre propre protection…. Pensez-y, svp !

Faut-il alors se rendre moins intelligent pour trouver sa place ?

Je sais que c’est une idée qui nous traverse quelque fois l’esprit… Mais ce serait un prix bien élevé.

Toutefois, préserver sa curiosité n’oblige pas à intervenir partout et tout le temps ! Voir un problème n’oblige pas à le résoudre systématiquement, et avoir une idée n’oblige pas à la développer immédiatement…

On peut (et même l’on doit) choisir les conversations à approfondir ; les projets auxquels contribuer ; les personnes avec lesquelles explorer ; et reconnaître les situations où notre contribution restera sans suite.

Attention : un risque serait de confondre adaptation et effacement.
À force de retenir toutes ses questions pour éviter de déranger, on peut finir par ne plus savoir où les poser.

L’enjeu devient alors très concret : trouver une manière de participer qui respecte à la fois notre fonctionnement, les besoins de la situation et la liberté de l’autre.

Mon conseil d’experte concernée 😅

Je connais ce mouvement : une question en ouvre une autre, une idée rencontre un souvenir, un lien apparaît… Et l’envie de partager arrive avec tout le reste.

Avec 30 ans d’expérience à observer les êtres humains, j’ai aussi appris à m’interroger sur la place que prend ma parole.

1- Avant de développer une réflexion, je vous propose de prendre l’habitude de vous poser trois questions :

  • Qu’est-ce que je veux rendre plus clair ?
  • De quoi cette personne a-t-elle besoin maintenant ?
  • Suis-je en train de contribuer, ou de chercher à faire reconnaître MA valeur ?

La troisième mérite de la douceur ;o)
Vouloir être reconnu est bien humain, mais une conversation ne peut pas toujours porter toute notre attente de reconnaissance.

2- Puis choisissez une idée centrale, donnez-lui des mots précis et un exemple. Laissez à l’autre la possibilité de questionner, de compléter ou de ne pas être d’accord.

Votre richesse de pensée n’a pas besoin d’être démontrée à chaque échange. Elle peut aussi se manifester dans la qualité de votre écoute et dans la place que vous laissez aux autres.

Alors oui, conclusion, être intelligent peut encore être une qualité dans ce monde !

Une qualité vivante, à exercer : en questionnant nos certitudes, en prenant nos responsabilités et en veillant à ce que notre compréhension ouvre la relation.

Et si une part de l’intelligence consistait à savoir quoi faire de ce que l’on comprend ?

Et vous,  où en êtes-vous ?

Votre richesse de pensée devient difficile à exprimer, à orienter ou à faire reconnaître dans votre vie professionnelle ?
Je vous propose un rendez-vous découverte de 30 minutes, offert, pour regarder ensemble ce qui se joue et identifier une première piste d’ajustement.

Si vous avez la sensation que votre pensée foisonne et arpente vos moindres neurones comme un hamster sans sa roue, en vous laissant de moins en moins en paix… Parlons-nous ! ;oP

Multipotentiel : l'intenillence à t-elle encore sa place dans ce monde ? par Corinne Blanc-Faugère, Spécialiste des mots et des relations.

A très bientôt pour des aventures toujours plus humaines ✨

Corinne Blanc-Faugère
Spécialiste des mots et des relations
Des mots à la bouche, du sens à l’écoute

 

Corinne Blanc Faugère

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