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François Mitterrand : de l’éloquence à l’intelligence médiatique !

Le 10 mai 1981, François Mitterrand était élu Président de la République. Je vous propose cet article pour revenir sur la manière dont il a appris, parfois à ses dépends, à se servir de ce média montant qu’était la télévision, pour en devenir un témoin et un acteur essentiel de son impact. Ce 10 mai […]

Publié par Corinne Blanc Faugère

Le 03/06/2021
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Le 10 mai 1981, François Mitterrand était élu Président de la République.
Je vous propose cet article pour revenir sur la manière dont il a appris, parfois à ses dépends, à se servir de ce média montant qu’était la télévision, pour en devenir un témoin et un acteur essentiel de son impact.

Ce 10 mai 2021, quarante ans après, jour pour jour, j’animais une séance de coaching pour un haut dirigeant en média training, pour l’aider à développer son aisance face à une caméra et face aux questions des journalistes.
J’ai pensé à prendre l’exemple de François Mitterrand et l’idée m’est venue d’en écrire cet article sur ce blog.
Le temps de rassembler des informations concrètes et fiables, et me voilà.
On en parle à la fin ?

Un bref rappel du contexte !

En 1974, Valéry Giscard d’Estaing gagne les élections présidentielles, grâce à deux punchlines qui vont faire particulièrement mal à François Mitterrand pendant le dernier débat. Les caméras qui filment s’en feront un amer écho.

Il en reste encore les stigmates dans notre quotidien actuel :

  • « Vous n’avez pas le monopole du cœur Monsieur Mitterrand »

Ou encore :

  • « Vous êtes un homme du passé Monsieur Mitterrand » avec lequel Valéry Giscard d’Estaing clôt le débat et portera son coup de grâce final.

À ce moment-là, contrairement à Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand n’a que très peu exercé son éloquence face aux caméras.
Il ne s’est que très peu exercer à l’aisance oratoire et à la vivacité d’esprit que nécessite la télévision et il finira par subir ce débat.

Il aura sept longues années pour s’exercer et se préparer avant les prochaines élections présidentielles. Et c’est ce qu’il fait.
Et ce sera, on peut le croire, notamment grâce à cette préparation éclairée qu’il gagnera les élections de 1981, où à son tour François Mitterrand portera le coup de grâce à Valéry Giscard-D ’Estaing, son adversaire, qui sera cette fois, dépassé, terrassé.

Comment s’est-il préparé ?

Entre 1974 et 1981, François Mitterrand travaille et réfléchit à l’impact de ce nouvel outil devenu incontournable – qui est le petit écran – et qui est aussi un atout majeur électoral lorsqu’il est maîtrisé. Il a compris à ses dépends qu’il est devenu essentiel de mieux savoir s’en servir.

Il dira en 1974 :

« Un dialogue avec un journaliste ou avec un autre homme politique, ce n’est pas difficile, on est porté par son sujet, on est supporté par l’autre ou les autres, on finit par oublier la machine qui écoute et qui nous écoutent et qui ne piègent… on est là, devant la télévision, il faut parler à quoi ? 10 ; 12 ; 15 ou même parfois 18 millions de gens.
Et vous, vous êtes tout seul !
Vous voulez parler de choses précises dans un temps limité et c’est parfois complexe. Lire un papier ce n’est pas possible, on ne lit pas un papier à la télévision, on perd aussitôt la communication avec le téléspectateur ».


Comment vaincre l’appréhension des caméras ?

Et oui, il est nécessaire de vaincre une certaine appréhension des caméras, si l’on a besoin qu’elles deviennent le support de notre impact et de notre force de conviction.
Alors qu’une caméra est un objet froid, mécanique et sans âme, il faut lui parler comme si c’était notre meilleure ami.  Car, au-delà de son « objectif », il y a des milliers de gens qui regardent, qui pensent, qui raisonnent et qui ressentent.

Cet homme, François Mitterrand, incarne un apprentissage des médias hors norme !

Et ceux qui s’y sont un peu frotté, ont pu se rendre compte que parler devant une caméra – à fortiori doublé d’une interview au micro d’un journaliste – ce n’est pas un exercice facile. Cela se travaille, bien heureusement !
Et lorsque cet exercice paraît facile, c’est parce qu’il est extrêmement bien maîtrisé, travaillé, répété et décortiqué.

Y a t-il un secret pour réussir à être impactant face caméra ?

Quel « secret » permet de gagner en aisance et qui est le même depuis la nuit des temps. Au-delà du « travail » sur notre éloquence et de la technicité potentielle à acquérir pour savoir mettre en valeur notre message ET capter notre auditoire, il existe un « secret » qui demeure à la portée de tous et dont il ne faut surtout pas négliger l’impact et l’importance.

« Le secret pour y arriver, tout le monde le sait, c’est de rester soi-même » nous confie encore l’ancien chef d’État en 1976.
« Mais être soi-même, c’est difficile à travers le tamis de ces machines, de ses journalistes, de toutes ces personnes… Et de toute cette mécanique énorme qui fait qu’on est dans un studio où il y a des gens qui vont et qui viennent derrière la caméra. On baigne dans tout un tas de choses qui attirent l’attention par ailleurs, et qui ne nous mettent pas dans les meilleures conditions pour être soi-même.
Je crois que l’on arrive à être soi-même, lorsque l’on a atteint un certain plan de maîtrise intérieure. Je suis de ceux qui ont eu la chance de s’adresser à tous les publics. Il y a donc, dans mon cas, une nécessité de grande diversité de langage. Très souvent, des journalistes parisiens, jugeront cette éloquence parfois emphatique ou parfois lyrique, sans doute parce qu’ils n’ont pas l’expérience d’un discours qui s’adresse à 20 000 ; 30 000 ;  50 000 ou encore 100 000 personnes comme cela m’est arrivé plusieurs fois dans des meetings ».

La caméra : une très bonne amie, exigeante, mais qui vous veut du bien !

Après le temps des meetings où François Mitterrand déclamait avec une grande aisance, une grande force de conviction et une capacité certaine à convaincre les foules, vient le temps de la télévision…

Changement d’époque et changement de médias !

Petit à petit, celui qui deviendra le prochain président de la république pour deux mandats consécutifs, va réussir à trouver son rythme, son ton, sa répartie jusqu’à imposait un leadership incontestable, incontournable et convaincant sur les plateaux de télévision.

Un nouvel exemple concret en 1977 

L’un de ses premiers débats de « reprise » se passe en 1977 où il se trouve face à un Raymond Barre qui semble le toiser d’un air condescendant. François Mitterrand, alors premier secrétaire du parti socialiste, ne prête pas attention à l’attitude du premier ministre du moment.

Soit dit en passant, c’est d’ailleurs à ce débat que François Mitterrand parle pour la première fois de « la crise d’un système que nous traversons »… Et nous sommes qu’en 1977 !

Lors de ce nouveau débat, François Mitterrand s’en sort plutôt bien. Il sait impliquer d’emblée les téléspectateurs en parlant de « l’intérêt des Français de leur présenter un débat constructif où ils vont apprendre des choses.  Et non un débat puéril où il sera question de ramener la gloire à soi, l’espace de quelques secondes ». Que c’est brillant ! Que c’est malin ! Habile manière d’impliquer toutes celles et ceux qui écoutent en leur montrant ainsi qu’ils seront compris par cet homme au langage neuf s’il était élu.

Astucieux puisque mêlé à cela, l’annonce faite par ses soins, pour la première fois, d’une crise d’un système que la France traverse et qui inquiète les travailleurs plante le clou de la certitude qu’il est l’homme du pouvoir de demain.

Puis, vient le débat de 1979 !

Pour les élections européennes – même exercice mais face à cinq personnes – qui permettent à François Mitterrand de « pourfendre » (tel un chevalier du cycle arthurien) la mainmise du pouvoir giscardien sur la télévision avec un talent nouveau et assumé.
En présence de Georges Marchais, de Jacques Chirac, de Simone Veil de 2 journalistes, le débat se déroule sans encombre pour François Mitterrand. Bien au contraire, il y trouve un allié inattendu en la personne de Jacques Chirac.

Pendant ce débat, François Mitterrand se positionnera avec sérénité, de façon incontestable et incontournable, avec des phrases du genre : « Je préfère dire mon opinion moi-même, plutôt que de vous laisser le soin de le faire », dit-il aux journalistes.

Puis, le grand débat de 1981

L’expression du leadership médiatisé de Mitterrand ne fait plus aucun doute.
C’est son troisième débat « marquant » (et marqueur de son évolution médiatique).  Il se retrouve en face de Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel (les 2 journalistes « tendance » de cette époque). Il y assure sa place en tête des sondages avec un monologue aux allures de discours présidentiel, on y est !

Des propos sincères et porteurs

Il exprime ouvertement son point de vue sur la peine de mort, en introduisant de façon habile, l’ensemble de sa pensée et de son positionnement clair, je cite :

« Sur ce point, comme sur les autres, je cacherais par la pensée. Et je n’ai pas du tout l’intention de mener ce combat à la face du pays, en faisant semblant d’être quelqu’un que je ne suis pas. Dans la conscience profonde, qui rejoint les églises catholiques, les églises réformées et l’ensemble des associations humanitaires (Internationales et Nationales), dans la conscience et dans le fond de ma pensée, je suis contre la peine de mort ». Révèle-t-il enfin, le regard fixé dans celui des du journaliste qui lui avait posé la question.

Ici, il s’exprime de façon posée et avec une intégrité et une honnêteté intellectuelle claire. Il maîtrise sans conteste son éloquence, son propos autant que de son leadership. Les mots sont pesés, posés et les idées distillaient judicieusement pour qu’elles aient le temps de parvenir sans ambiguïté jusqu’à chaque oreille de chaque téléspectateur.
Un véritable coup de maître en matière d’éloquence !

Convaincre face caméra !

Puis, comme le de l’estocade finale, il pose son regard face caméra le temps de dire entre guillemets quelques honnêtes pensés entre guillemets pour adresser un message clairement et sans ambiguïté aux Français. À la France entière ! Il est plus qu’évident à ce moment-là, qu’il maîtrise l’usage d’une caméra.

C’est comme un clou oratoire présidentiel qu’il enfonce habilement et définitivement.
Là, François Mitterrand ancre sa victoire aux prochaines élections présidentielles, avec assurance et si vous me permettez le néologisme avec « rassurance » pour tous les Français qui regardent et qui ont besoin d’un autre langage politique.
Je crois que à ce moment-là, François Mitterrand a bien compris que les Français avaient besoin de sincérité, de proximité de la part d’un dirigeant politique.

Au-delà d’avoir appris à se servir d’une caméra, le futur président trouve son ton, pose les mots importants et sait mettre les silences au bon moment, afin que son impact soit optimal. Tout en étant sincère et authentique. Tout y était !
Tout était regroupé pour la victoire.
On peut dire qu’il avait été bien conseillé par Serge Moati qui, réalisateur de métier, savait mettre en images et optimiser l’impact de son candidat.

Avec ce dernier débat François Mitterrand montre qu’il est un homme à l’esprit aiguisé, connaissant les dossiers, maîtrisant ses sujets, avec un cœur qui bat pour des causes nobles et pour des valeurs humaines incontournables.

Débat du second tour en 1981 : une aventure face caméra !

Et, cerise sur le gâteau, enfin devrais-je plutôt la « rose » sur le gâteau, au moment des élections présidentielles au temps du second tour, des 10 candidats, il n’était plus que deux. François Mitterrand se retrouve à nouveau face à Valéry Giscard d’Estaing ! C’est un petit peu comme entre « le retour de la vengeance qui a sonnée ».
Les journaux titrent alors : « la bataille du face-à-face Giscard–Mitterrand !».

François Mitterrand, rajoutera sa propre condition à ce débat, qui sera celle d’avoir en face de deux journalistes dits « indépendants » : Jean Boissonnat  (Economiste, rédacteur en chef de « l’expansion » et éditorialiste à « Europe 1 ») et Michèle Cotta (chef du service politique de RTL).

Il gardera le cap qu’il s’est fixé tout au long du débat… Prendre sa revanche ! Et trouvera même le moyen de rebondir sur la dernière phrase de son adversaire prononcée 7 ans avant :

“Vous prétendiez que j’étais l’homme du passé, c’est dommage que vous, vous soyez l’homme du passif !” Faisant ainsi référence à “l’affaire des diamants” qu’aurait reçu le chef d’état du moment. C’est, avec cette punchline, que Mitterrand porte à son tour le coup de grâce à Giscard.

Et c’est la Victoire !

La nuit du 10 mai 1981 une grande fête populaire se déroulera malgré une grande pluie qui se déchaîne dans les. Une. Prise de fonction le 21 mai avec la tradition du Panthéon qui renoue. Tel sera le sacre de ce nouveau président qui ne passe que par la télévision à l’intérieur du monument.

Un nouveau président qui instaure de nouveaux fonctionnements, différents de ses prédécesseurs. Puisqu’en 1982, Mitterrand crée, entre autre, « la Haute autorité de l’audiovisuel » : signal visible d’une rupture avec le passé et donc séparation tant souhaitée entre le pouvoir politique et l’audiovisuel. A partir de là, la Culture n’aura de cesse de se libérer.

Et vous dans tout ça ?

Faîtes-vous partie de celles et ceux qui ont besoin de développer une aisance certaine face caméra ? Alors, Parlons-en !
Je me ferai un plaisir de vous partager mes conseils expérimentés et avisés, en m’appuyant sur des techniques éprouvées.

Je vous remercie de votre lecture. Je serai ravie de lire et répondre à vos commentaires sous cet article 🙂

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A bientôt,

Corinne Blanc Faugère

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