Et si le plus décourageant n’était pas de ne pas être d’accord, mais d’avoir le sentiment que notre parole ne peut plus rien changer ?
L’actualité française nous offre régulièrement le spectacle de mécontentements exprimés, de manifestations, de revendications et de désaccords parfois profonds. Des citoyens interpellent leurs représentants, contestent certaines décisions, réclament des changements…
Mais que se passe-t-il lorsque, malgré ces mobilisations, certains ont le sentiment de ne pas être entendus ? Lorsque les décisions semblent déjà prises, que les positions paraissent figées et que la remise en question semble absente ?
Une question me vient : à quel moment finit-on par renoncer à s’exprimer parce qu’on ne croit plus que cela puisse servir à quelque chose ?
Quand le sentiment d’impuissance prend le dessus
Nous avons tous besoin, à des degrés divers, de sentir que nos actions peuvent produire des effets.
Cela ne signifie pas que nous souhaitons systématiquement obtenir gain de cause. Mais nous avons besoin de croire que notre participation, nos initiatives et nos prises de parole peuvent contribuer à faire évoluer une situation.
En psychosociologie, cette question rejoint notamment celle du sentiment d’efficacité personnelle et collective : notre conviction de pouvoir agir sur notre environnement, individuellement ou avec d’autres.
Or, que devient cette conviction lorsque nos tentatives semblent systématiquement rester sans effet ?
Le risque n’est-il pas de passer progressivement de la frustration au découragement, puis du découragement au renoncement ?
Et si, parfois, le silence n’était pas le signe d’une absence d’opinion, mais celui d’une perte d’espoir d’être entendu ?
Et si l’abstention exprimait aussi ce découragement ?
Les raisons de l’abstention électorale sont multiples. Il serait évidemment réducteur de prétendre les expliquer par un seul mécanisme.
Pourtant, parmi ces raisons, le sentiment que son vote ne changera rien mérite notre attention.
Pourquoi participer lorsqu’on ne croit plus à l’efficacité de sa participation ?
Pourquoi exprimer un désaccord lorsqu’on a l’impression que les responsables concernés ne remettent jamais leurs décisions en question ?
Bien entendu, cette perception ne signifie pas nécessairement que toute action politique est inefficace ou que les responsables publics restent systématiquement sourds aux revendications.
Mais en matière de confiance, ce que nous percevons influence aussi nos comportements.
Et lorsque la confiance s’effrite, le désengagement ne risque-t-il pas de devenir une forme de réponse à ce sentiment d’impuissance ?
Dans l’entreprise, le mécanisme peut-il être comparable ?
Changeons maintenant de décor… Si vous le voulez bien !
Un collaborateur propose une amélioration. Son idée n’est pas retenue. Il recommence, argumente, tente d’expliquer son point de vue… Sans obtenir de véritable retour.
Un autre exprime une difficulté récurrente. Il a le sentiment que son manager l’écoute poliment, mais que rien ne change.
Un troisième constate que les décisions sont présentées comme participatives alors qu’elles semblent déjà arrêtées.
Que risquent-ils de faire, à terme ?
Peut-être continueront-ils à s’exprimer… Peut-être chercheront-ils d’autres moyens d’agir ? Mais certains pourraient aussi finir par se taire, non parce qu’ils n’ont plus rien à dire, mais parce qu’ils ne voient plus l’intérêt de le dire… Et c’est là que le parallèle avec la vie citoyenne devient intéressant.
Dans les deux situations, nous pouvons nous interroger sur les conséquences d’un sentiment d’impuissance : démotivation, retrait, désengagement, défiance… voire colère.
Un collaborateur silencieux est-il nécessairement un collaborateur satisfait ?
Et un collectif qui ne conteste plus est-il forcément un collectif qui adhère ?
Écouter ne signifie pas céder !
Attention, toutefois, à ne pas confondre plusieurs notions :
– Être entendu ne signifie pas obtenir satisfaction.
– Prendre en considération un désaccord ne signifie pas nécessairement modifier sa décision.
– Et se remettre en question ne signifie pas reconnaître systématiquement que l’on s’est trompé !
Qu’il s’agisse d’un dirigeant, d’un manager ou d’un responsable politique, exercer une autorité implique parfois de prendre des décisions impopulaires… Certes ! Mais la manière dont une décision est expliquée, discutée et assumée peut profondément influencer la qualité de la relation…
Il existe une différence certaine entre entendre une objection pour y répondre et l’écouter véritablement pour comprendre ce qu’elle révèle.
La contradiction peut mettre en lumière une information négligée, une conséquence sous-estimée ou un besoin insuffisamment identifié.
Encore faut-il accepter qu’elle puisse nous apprendre quelque chose !
Et si la véritable autorité ne consistait pas à avoir toujours raison, mais à savoir exercer son discernement sans se fermer à celui des autres ?
Mon conseil d’experte ✨️
Lorsque vous exercez une responsabilité, ne vous contentez pas de donner la parole. Interrogez-vous sur la place réelle que vous lui accordez dans vos décisions.
Face à un désaccord, plutôt que de chercher immédiatement à convaincre ou à justifier votre position, posez cette question :
« Qu’est-ce qui vous donnerait le sentiment que votre point de vue a réellement été pris en considération ? »
Puis écoutez la réponse, sans préparer immédiatement votre contre-argumentation. Vous n’êtes pas obligé de changer d’avis, mais vous pouvez expliquer ce que vous avez compris, ce que vous retenez et pourquoi vous maintenez éventuellement votre décision.
“Expliquer les “pourquois et vous obtiendrez tous les comments” nous dit un veil adage, qui s’applique magbifiquement au management… A fortiori, celui des nouvelles générations 😉
La confiance ne repose pas uniquement sur les décisions prises, elle se construit aussi dans la manière dont nous considérons ceux qu’elles concernent.
Finalement, que ce soit dans notre société, dans nos entreprises ou dans nos relations quotidiennes, une question demeure :
À quel moment cessons-nous de faire entendre notre voix parce que nous ne croyons plus qu’elle puisse avoir un impact ?
Et aussi… que pouvons-nous faire, chacun à notre niveau, pour que cette conviction (portée par nos valeurs) ne disparaisse pas ?
À bientôt pour des aventures toujours plus humaines ! ✨
Pour aller plus loin
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