Je ne parlerai pas politique de fond, ici ! Car au-delà des mesures elles-mêmes, c’est ce que le discours révèle sur la manière dont les mots sont utilisés pour préparer l’opinion publique à accepter une politique controversée, qui me parait pertinente à observer à la loupe…
Regardons de plus près…
Hier, le 25 août 2025, le Premier Ministre François Bayrou a présenté son plan budgétaire pour 2026, annonçant un effort d’économies de 44 milliards d’euros et la suppression de deux jours fériés. Au-delà des mesures elles-mêmes, le discours révèle beaucoup sur la manière dont les mots sont utilisés pour préparer l’opinion publique à accepter une politique controversée.
En tant qu’experte en communication éthique et en art de convaincre, j’ai analysé ces éléments de langage qui me paraissent problématiques dans la conjoncture actuelle, lorsque l’on souhaite communiquer avec éthique et de façon constructive.
1. La rhétorique de la peur :
Dès l’ouverture, le Premier ministre utilise une image frappante (Même si cette technique rhétorique fait partie des “modèles” d’introductions officielles d’un discours, elle n’est pas appropriée ici) :
« Le ciel va nous tomber sur la tête »
Cette formulation est typique de ce que l’on peut appelle le discours anxiogène : il vise à provoquer une émotion intense – la peur – pour orienter l’adhésion du public. Or, lorsque l’on communique, et à fortiori en politique d’un pays, au delà des “ficelles” rhétoriques, il est essentiel de tenir compte du contexte économique et psychologique des citoyens.
Dans une communication éthique, convaincre repose sur l’éclairage du débat, et non sur l’instrumentalisation de l’émotion. Instrumentalisation de la peur qui est très, voire trop, utilisée dans le allocutions politiques. C’est une stratégie qui fonctionne dans certaines situations, avec certains citoyens, mais le contexte actuel n’y est pas favorable… La tension gronde déjà depuis le début de l’été !
La stratégie de notre Premier Ministre n’est pas pertinente, car la peur peut certes mobiliser à court terme, mais elle sape la confiance et la crédibilité du locuteur, sur le long terme. Et en l’occurrence, elle génère plutôt de la colère car il touche aux valeurs fondamentales des français : les acquis sociaux.
2. Le faux dilemme :
Le discours structure le débat de manière binaire :
« Il faut choisir entre austérité ou chaos »
Ce type de formulation est une figure classique de manipulation rhétorique appelée faux dilemme.
Elle élimine toutes les alternatives possibles : hausse des recettes fiscales pour les grandes entreprises, lutte contre l’évasion fiscale, investissement public stratégique…
La simplification excessive prépare et influence le public à accepter des mesures douloureuses, tout en occultant d’autres solutions possibles.
3. L’empilement de clichés et de poncifs :
Le discours répète les termes « surendettement », « déficit », « rigueur nécessaire » à plusieurs reprises.
Ce procédé donne une illusion de sérieux et d’expertise, alors qu’il prive le discours de contenu concret et de perspectives constructives. Ici, l’orateur parle beaucoup du “danger”, mais peu de mesures capables de protéger les citoyens ou de relancer l’économie.
Et c’est cette stratégie bien maladroite que ressent la population et la met aussi en colère.
Parce que, par ailleurs, François Bayrou s’est déjà décrédibilisé assez tôt, dans sa posture de Premier Ministre.
Ce mécanisme rhétorique “d’empilement…“, très utilisé en politique, s’appuie sur la saturation de l’attention : plus on répète un message alarmiste, plus l’auditoire accepte l’idée comme inéluctable, même si les faits sont discutables, car son cerveau se met en “mode alarme”.
4. L’instrumentalisation de la dette :
Ce discours met en avant un problème qu’il contribue lui-même à aggraver : la dette.
Cette tactique est un exemple d’instrumentalisation du problème pour justifier un choix politique, ce qui mine la crédibilité du message. Dans l’art de convaincre, l’éthique commande de ne pas utiliser la peur pour masquer les responsabilités ou éviter des débats complexes.
Mais que font les conseillers en communication de François Bayrou !?!
Honnêtement, je ne comprends pas !
Je ne comprends pas que l’on puisse écrire (et prononcer) un discours si maladroit dans le contexte actuel. Bien sûr, il contient des vérités réelles sur l’état économique du pays, mais la forme… Les procédés de rhétorique sont malhabiles !
Même en plein mois d’août, où beaucoup de Français sont en vacances, cette allocution ne peut pas être entendue !
5. Conséquences sociales et politiques :
Les effets d’un discours construit sur la peur et le faux dilemme sont concrets :
-
Les citoyens peuvent accepter des sacrifices sans avoir toutes les informations.
-
Les classes moyennes et populaires sont souvent les premières touchées.
-
La confiance dans les institutions et la parole publique s’érode, ce qui fragilise le lien démocratique, et la crédibilité de l’homme politique, au delà de l’orateur.
6. Pour une parole politique éthique :
À l’inverse, pour informer (et rassurer) la population, une communication politique responsable devrait :
-
Expliquer clairement les enjeux et les alternatives.
-
Proposer des solutions concrètes et argumentées, sans stratégies manipulatoires.
-
Assumer les choix politiques et leurs conséquences.
-
Éviter la dramatisation ou la simplification abusive.
Convaincre sans manipuler, c’est éclairer le débat, pas enfermer l’auditoire dans la peur. C’est donner les clés pour comprendre et décider, et non pas imposer un choix par l’émotion.
Conclusion
Le discours budgétaire de François Bayrou illustre comment les mots peuvent être utilisés pour préparer l’acceptation de mesures difficiles, plutôt que pour favoriser un débat démocratique et éclairé.
Pour les citoyens comme pour les leaders, la question reste : comment réconcilier efficacité du discours et éthique de la parole ?
Dans une société où la défiance envers les institutions est croissante, la parole politique doit redevenir un outil de clarté, d’éducation et de confiance, et non un instrument de peur.
Je reste à votre écoute,
Afin que nous fassions plus ample connaissance, vous pouvez me suivre sur mes réseaux sociaux, ou, si cet article vous a interpellé par la pertinence de son contenu et que vous avez apprécié mon analyse rhétorique et humaine, je vous propose que l’on se rencontre autour d’un échange par téléphone ou en vision, pendant un coaching découverte de 30 min que je vous offre, pour discuter de vos besoins.
A très bientôt pour des aventures toujours plus humaines ;o)
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